Brio | Temps tourmenté au Grand T
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Temps tourmenté au Grand T

Temps tourmenté au Grand T

Mercredi et jeudi, les lycéens ont assisté à la première représentation française de Temps, une création de Wajdi Mouawad. Spectacle furieux et parfois violent, traitant des thèmes de la famille, de l’inceste, de la mémoire et de l’art. Ou comment une fratrie, réunie alors que la mort du père est imminente, cherche à faire émerger le printemps d’un immense hiver glacial.

Cette pièce a été créée dans un contexte particulier : elle est née de « rien » (cf note d’intention ci-dessous). Pas de trame ni de thème proposés aux comédiens et techniciens avant la première répétition, c’est ensemble qu’ils ont construit cette histoire qui prendra finalement le nom de Temps. Les résidences ont eu lieu à Québec et à Berlin, autour d’une équipe internationale (québécois, russes, français).

“ Nous arriverons au premier jour de répétition avec rien dans les poches,
rien dans les mains.
Rien.
Avec le désir de rencontrer ceux et celles que nous serons en ce jour
de l’an prochain.
Ne rien préparer.
Ne rien prévoir.
Ni histoire, ni idées.
Rien.
Ou alors une simple obligation.
Ne pas oublier que notre génération a entre les mains un alphabet rescapé.
Car l’alphabet est tombé dans le gouffre des extinctions.
Les lettres ont cramé.
Aucune n’a réussi à en réchapper.
Pour faire des mots, on n’a plus que des cendres.
Alors, on fait des mots avec le souvenir que nous avons des lettres ;
c’est une écriture qui se souvient d’elle-même.
Écrire un A, ce n’est plus écrire un A, mais c’est écrire un A qui ne peut
que se souvenir de ce que fut, avant le gouffre, le A.
Un chien ne peut pas craindre.
On peut le tuer, mais personne ne peut exterminer son aboiement ;
on pourra toujours exterminer la parole. »
Wajdi Mouawad

A noter la scénographie simple et efficace d’Emmanuel Clolus, qui avait également construit le décor de Tartuffe (précédent spectacle programmé dans le parcours BRIO). Côté son, une ambiance très particulière se dégage,  entre tempête, cris d’oiseaux effrayés et détonations. Les amateurs de rock auront biensûr reconnu la lancinante Rage de Noir Désir!